CRISPR-Cas9 ou l'édition du génome pour les nuls

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William BADIE

Etudiant à la faculté de médecine de Nantes
On vit dans un monde hyperconnecté, où notre quotidien peut être partagé en deux temps trois mouvements et se diffuse très rapidement. Depuis le progrès de la communication, nos habitudes de consommation ont énormément changé et ont été influencées notamment par la publicité, jusqu’à ce que l’utilisation d’images de nourritures alléchantes soient comparées à de la pornographie dans les années 1980 sous le terme « foodporn ». Ce terme met en relief l’association plutôt bien établie entre la vue d’une projection de nos désirs et le conditionnement de notre corps en réponse à l’éveil de nos fonctions primaires ou à l’attente d’une récompense (Pavlov, 1897), ce qui n’est pourtant, nous allons le voir, pas anodin.
Il est assez facile de trouver des points communs au foodporn et à la pornographie : la possibilité de stimuler nos désirs voire de créer un craving (désir intense spécifique et irrépressible)[1], d’induire des modifications physiologiques ou encore un sentiment de culpabilité[2]… Il a par exemple été montré dans les deux cas que les mécanismes derrière ces effets comprenaient une activation du système de récompense de manière hédonique comparable aux mécanismes des addictions[8,9,11,13,15] (bien que cela soit critiqué[14]), ou encore des modifications des sécrétions hormonales et de fluides biologiques (salive, liquide séminal)[5,9,12].
Cependant une question reste en suspens : pourquoi la vision d’images, ici de nourriture, qui nous est inaccessible nous stimule t-elle autant ? La question se pose depuis la fin du XIXe siècle et a été largement documentée depuis, mais une théorie se distingue des autres : celle du décalage adaptatif amenée par un mouvement appelé « l’évolutionnisme psychologique »[18]. En effet la reconnaissance d’aliments richement caloriques comme présentés dans le foodporn nous affectent plus que des aliments peu caloriques[6,7,8], ce qui serait explicable par un processus évolutif ayant favorisé notre survie (et qui pourrait expliquer certains troubles de l’alimentation[16]). On peut ainsi penser que la vision trichromatique nous a permis de mieux discerner les différents types d’aliments[4], même si des mécanismes similaires ont également été observés chez des insectes pollinisateurs[17] (ces petites bêtes sont quand même plutôt cool, préservons les !).
Cette théorie, bien que très intéressante, a quand même des défauts : on peut bien penser que des reliquats de notre évolution en décalage par rapport à notre temps ne suffisent pas à expliquer les variations rapides des goûts dans la société, et ce dans n’importe quel domaine. En somme, le foodporn est la résultante d’un phénomène sociétal qui pourrait être en partie explicable par notre attirance vers les nourritures riches en calories de manière instinctive, et par notre capacité « d’abstraction de la réalité […] atteinte dès lors que l’image d’objets et d’idées remplace leur effet concret sur l’organisme » (Platonov, 1959).
Pour finir, il ne faut pas oublier que cette tendance n’est pas sans conséquence : l’exposition à du foodporn ou à de la publicité culinaire augmenterait le risque d’obésité[7], et cette exposition serait plus susceptible d’entraîner des comportements excessifs (« binge eating ») chez les personnes sous régime particulier[1,10], souffrant de troubles de l’alimentation[2], ou disposant d’une faible capacité d’abstraction[3]. Mais ne perdons pas espoir, car parallèlement à cela, le partage de recettes saines présentées de manière appétissante prend de l’ampleur et on peut imaginer que cela pourrait avoir une bonne influence sur notre alimentation !
Sources

1.Tiggemann M, Kemps E. The phenomenology of food cravings: the role of mental imagery. Appetite. 2005;45(3):305–313. doi:10.1016/j.appet.2005.06.004
2. Jansen A. A learning model of binge eating: cue reactivity and cue exposure. Behav Res Ther. 1998;36(3):257–272. doi:10.1016/s0005-7967(98)00055-2
3. White KD. Salivation: the significance of imagery in its voluntary control. Psychophysiology. 1978;15(3):196–203. doi:10.1111/j.1469-8986.1978.tb01363.x
4. Spence C, Okajima K, Cheok AD, Petit O, Michel C. Eating with our eyes: From visual hunger to digital satiation. Brain Cogn. 2016;110:53–63. doi:10.1016/j.bandc.2015.08.00
5. Wallner-Liebmann S, Koschutnig K, Reishofer G, et al. Insulin and hippocampus activation in response to images of high-calorie food in normal weight and obese adolescents [published correction appears in Obesity (Silver Spring).
2011 Jun;19(6):1316. Schienle, Anne [added]; Schäfer, Axel [added]].
Obesity (Silver Spring). 2010;18(8):1552–1557. doi:10.1038/oby.2010.26
6. Ohla K, Toepel U, le Coutre J, Hudry J. Visual-gustatory interaction: orbitofrontal and insular cortices mediate the effect of high-calorie visual food cues on taste pleasantness.
PLoS One. 2012;7(3):e32434. doi:10.1371/journal.pone.0032434
7. Bodenlos JS, Wormuth BM. Watching a food-related television show and caloric intake. A laboratory study. Appetite. 2013;61(1):8–12. doi:10.1016/j.appet.2012.10.027
8. Toepel U, Knebel JF, Hudry J, le Coutre J, Murray MM. The brain tracks the energetic value in food images. Neuroimage. 2009;44(3):967–974. doi:10.1016/j.neuroimage.2008.10.005
9. Keesman M, Aarts H, Vermeent S, Häfner M, Papies EK. Consumption Simulations Induce Salivation to Food Cues. PLoS One. 2016;11(11):e0165449. Published 2016 Nov 7. doi:10.1371/journal.pone.0165449
10. Rogers PJ, Hill AJ. Breakdown of dietary restraint following mere exposure to food stimuli: interrelationships between restraint, hunger, salivation, and food intake. Addict Behav. 1989;14(4):387–397. doi:10.1016/0306-4603(89)90026-9
11. Gola, M., Wordecha, M., Sescousse, G. et al. Can Pornography be Addictive? An fMRI Study of Men Seeking Treatment for Problematic Pornography Use. Neuropsychopharmacol 42, 2021–2031 (2017). https://doi.org/10.1038/npp.2017.78
12.
Motofei IG, Rowland DL. The physiological basis of human sexual arousal: neuroendocrine sexual asymmetry. Int J Androl. 2005;28(2):78–87. doi:10.1111/j.1365-2605.2004.00514.x
13. Kraus SW, Voon V, Potenza MN. Should compulsive sexual behavior be considered an addiction?. Addiction. 2016;111(12):2097–2106. doi:10.1111/add.13297
14. Griffiths MD. Compulsive sexual behaviour as a behavioural addiction: the impact of the internet and other issues. Addiction. 2016;111(12):2107–2108. doi:10.1111/add.13315
15. Guterstam J, Jayaram-Lindström N, Berrebi J, et al. Cue reactivity and opioid blockade in amphetamine dependence: A randomized, controlled fMRI study. Drug Alcohol Depend. 2018;191:91–97. doi:10.1016/j.drugalcdep.2018.06.023
16. Nettersheim J, Gerlach G, Herpertz S, Abed R, Figueredo AJ, Brüne M. Evolutionary Psychology of Eating Disorders:
An Explorative Study in Patients With Anorexia Nervosa and Bulimia Nervosa.
Front Psychol. 2018;9:2122. Published 2018 Oct 31. doi:10.3389/fpsyg.2018.02122
17. Nicholls E, de Ibarra NH. Bees associate colour cues with differences in pollen rewards. J Exp Biol. 2014;217(Pt 15):2783–2788. doi:10.1242/jeb.106120
18. http://www.evopsy.com

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